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Calories et macros sous cure : estimer ses besoins et ajuster

Nutrition & composition · 9 min de lecture · Mis à jour le 23 mai 2026

L'essentiel

  • ●Le TDEE (Total Daily Energy Expenditure) s'estime via formules (Mifflin-St Jeor, Katch-McArdle) avec une marge d'erreur de ±10-15 % — la balance hebdomadaire est le vrai juge.
  • ●Cibles macros sous cure : protéines 2-3 g/kg (vs 1,6-2 g/kg en naturel), glucides 3-6 g/kg selon objectif, lipides 0,8-1,2 g/kg (minimum 0,6 g/kg pour la santé hormonale).
  • ●Au-delà de 3 g/kg de protéines, le bénéfice est nul même sous cure — c'est de la place perdue sur les glucides qui alimentent la performance.
  • ●Recalculer le TDEE toutes les 4-6 semaines : la masse maigre augmente (sous cure), donc le BMR évolue ; pareil en sèche où le BMR baisse avec la perte de gras.

Sommaire

  1. 1. Estimer son TDEE : le point de départ
  2. 2. Protéines : 2 à 3 g/kg sous cure, plus élevé qu'en naturel
  3. 3. Glucides : moteur de la performance, à moduler selon l'objectif
  4. 4. Lipides : santé hormonale et seuil minimal
  5. 5. Mettre tout ensemble : exemple par objectif (pratiquant de 80 kg)
  6. 6. Erreurs fréquentes dans le calcul des macros

La nutrition sous cure repose sur les mêmes lois qu'en naturel : balance énergétique pour la masse corporelle, apport protéique pour le muscle, glucides et lipides pour la performance et la santé hormonale. Ce qui change, ce sont les cibles chiffrées — plus de protéines, un surplus mieux valorisé en masse, un déficit mieux toléré en sèche. Encore faut-il partir d'une estimation correcte de ses besoins, pas d'un chiffre arbitraire entendu en salle.

Ce guide détaille la méthode : estimer son TDEE, fixer ses macros sous cure, et ajuster selon l'objectif (sèche, masse, recomposition). Il inclut le calculateur TDEE directement intégré pour faire la simulation à la lecture. Pour le cadre général sèche/masse, voir sèche et prise de masse sous cure.

Estimer son TDEE : le point de départ

Le TDEE (Total Daily Energy Expenditure) est la dépense énergétique totale d'une journée — c'est le nombre de calories qu'on doit consommer pour ne ni grossir ni maigrir. Il s'estime à partir de quatre composantes : le métabolisme de base (BMR, ~60 à 70 % du total), l'effet thermique des aliments (~10 %), l'activité physique structurée (entraînement, ~5 à 15 %) et l'activité spontanée (NEAT, marche, gestes du quotidien, ~15 à 30 %).

Plusieurs formules existent — Mifflin-St Jeor, Harris-Benedict, Katch-McArdle — toutes donnent un ordre de grandeur, jamais un chiffre exact [1]. L'erreur acceptable est de l'ordre de ±10 à 15 %. Le repère vrai est la balance hebdomadaire : si on stagne au poids actuel avec l'apport estimé, le TDEE est correct ; si on perd ou prend, on ajuste.

Le TDEE n'est pas une constante : il varie avec le poids (perdre du gras baisse le BMR), le niveau d'activité, le sommeil, le stress, et — pertinent ici — la cure (qui peut augmenter modérément le métabolisme via l'effet anabolique et l'augmentation de la masse maigre). Le recalculer toutes les 4 à 6 semaines pendant une coupe ou un bulk long permet de réajuster.

Protéines : 2 à 3 g/kg sous cure, plus élevé qu'en naturel

C'est la différence chiffrée la plus marquante entre une nutrition naturelle et une nutrition sous cure. En naturel, la littérature place l'optimum de la synthèse protéique entre 1,6 et 2 g/kg — au-delà, le bénéfice marginal devient nul [3]. Sous cure, cette saturation se déplace vers le haut parce que la machinerie anabolique est davantage stimulée et le besoin de substrat est plus élevé.

ContexteApport protéique recommandéPour un pratiquant de 80 kg
Naturel — recomposition / sèche1,8 à 2,2 g/kg~145 à 175 g/j
Naturel — prise de masse1,6 à 1,8 g/kg~130 à 145 g/j
Sous cure — prise de masse2 à 2,5 g/kg~160 à 200 g/j
Sous cure — recomposition2,5 à 3 g/kg~200 à 240 g/j
Sous cure — sèche2,5 à 3 g/kg~200 à 240 g/j
Sous cure — sèche profonde / précompet3 à 3,3 g/kg~240 à 265 g/j

La cible centrale est 2,2 à 2,5 g/kg comme valeur par défaut sous cure, à ajuster vers le haut en sèche et vers le bas en prise de masse pour laisser de la place aux glucides. Dépasser 3 à 3,3 g/kg n'apporte pas de bénéfice mesurable et déplace les autres macros [3].

Sources de qualité

  • Viandes maigres : poulet, dinde, bœuf maigre, jambon dégraissé.
  • Poissons : cabillaud, thon, saumon, sardines.
  • Œufs : entiers (riches en leucine), blancs pour ajuster sans gras.
  • Laitages : skyr, fromage blanc 0 %, cottage cheese — très haute densité protéique.
  • Poudres : whey isolat, caséine ; en complément, pas en base.
  • Sources végétales : tofu, tempeh, légumineuses (en complément, pour la variété et les fibres).

Glucides : moteur de la performance, à moduler selon l'objectif

Les glucides ne sont pas un macronutriment « essentiel » au sens strict (le corps peut les synthétiser via la néoglucogenèse), mais ils sont la principale source d'énergie de l'entraînement intensif et le levier le plus efficace pour saturer le glycogène intramusculaire. Sous cure, les glucides soutiennent un volume d'entraînement supérieur et amplifient l'effet anabolique via l'insuline.

ObjectifApport glucidiqueTiming recommandé
Prise de masse4 à 6 g/kgRéparti sur la journée, charge peri-workout
Recomposition3 à 4 g/kgConcentrés autour de l'entraînement, plus bas les jours off
Sèche modérée2 à 3 g/kgPeri-workout principalement
Sèche profonde1,5 à 2 g/kgPeri-workout exclusivement

Privilégier les sources peu raffinées en base — riz, avoine, patate douce, pommes de terre, pâtes complètes, fruits — et les sources rapides en peri-workout (dextrose, maltodextrine, fruits) pour la disponibilité immédiate. Une diète cétogène sous cure est techniquement possible mais perd la majorité du bénéfice glucidique sur la performance et la rétention musculaire ; ce n'est pas le choix par défaut.

Lipides : santé hormonale et seuil minimal

Les lipides remplissent plusieurs rôles non substituables : précurseurs hormonaux (cholestérol, vitamines liposolubles), structure cellulaire, satiété, absorption des vitamines A, D, E, K. Sous cure, l'apport exogène de testostérone ne dispense pas du rôle métabolique global des lipides. Un apport trop bas perturbe la santé hormonale et la digestion sur la durée.

ContexteApport lipidique
Prise de masse0,8 à 1,2 g/kg
Recomposition0,8 à 1 g/kg
Sèche0,6 à 0,8 g/kg
Sèche profonde / précompet0,5 à 0,7 g/kg (limite basse, transitoire)

Sources à privilégier

  • Huile d'olive vierge extra (cuisson douce, assaisonnement).
  • Poissons gras : saumon, maquereau, sardines, hareng — apport d'oméga-3.
  • Oléagineux : amandes, noix, noisettes — en quantité mesurée (densité calorique élevée).
  • Avocat, jaunes d'œuf entiers.
  • Limiter les graisses saturées en excès et les huiles raffinées riches en oméga-6.

La cure dégrade le profil lipidique (baisse du HDL, hausse du LDL), particulièrement avec les oraux. Le choix qualitatif des lipides alimentaires devient encore plus important pour limiter l'aggravation. Surveiller régulièrement le bilan lipidique — voir cholestérol sous cure.

Mettre tout ensemble : exemple par objectif (pratiquant de 80 kg)

Pour un pratiquant de 80 kg avec un TDEE estimé à 2800 kcal/j (entraînement 4 fois par semaine, NEAT moyen), voici trois exemples chiffrés selon l'objectif :

ObjectifCalories ciblesProtéinesGlucidesLipides
Prise de masse (lean bulk)~3200 kcal (+400)180 g (2,25 g/kg)420 g (5,25 g/kg)85 g (~1,1 g/kg)
Recomposition~2800 kcal (TDEE)210 g (2,6 g/kg)290 g (3,6 g/kg)72 g (0,9 g/kg)
Sèche modérée~2400 kcal (−400)220 g (2,75 g/kg)200 g (2,5 g/kg)64 g (0,8 g/kg)

Ces chiffres sont indicatifs et doivent être recalibrés sur le rythme réel de progression. Le pilotage par la balance hebdomadaire (moyenne sur 7 prises matinales à jeun) reste l'arbitre final : si l'objectif n'est pas atteint après 2 à 3 semaines de respect strict, ajuster de ±150 à 250 kcal/j en touchant principalement les glucides — les protéines restent au minimum, les lipides au seuil de santé.

Pour situer son potentiel musculaire actuel et orienter la stratégie (privilégier le bulk si FFMI bas, la sèche/qualité si FFMI déjà élevé), utiliser le calculateur FFMI. Et pour le cadre détaillé sèche/masse, voir le pilier sèche et prise de masse sous cure.

Erreurs fréquentes dans le calcul des macros

  • Sous-estimer ses calories : utiliser un TDEE théorique calculé à la louche sans confirmer par la balance. Le sentiment de « je mange peu » est souvent faux — la pesée des aliments les premières semaines révèle régulièrement 300 à 500 kcal cachées par jour.
  • Sur-estimer ses protéines sans peser. La densité protéique varie fortement : 100 g de poulet ≠ 100 g de jambon ≠ 100 g de skyr. Sans pesée, les apports estimés sont régulièrement majorés de 30 à 50 %.
  • Compter en pourcentages au lieu de g/kg. Les ratios 40/40/20 ou 30/30/40 sont des repères grossiers qui ne tiennent pas compte du poids ni du contexte. Les recommandations chiffrées en g/kg de poids corporel sont plus rigoureuses.
  • Négliger les calories liquides (jus, sodas, alcool, lait, huile dans la cuisson). Une cuillère à soupe d'huile d'olive = ~135 kcal ; un litre de lait demi-écrémé ≈ 460 kcal. Sur la durée, l'écart se chiffre en kilos.
  • Ne pas réviser le TDEE après changement de poids. Une coupe ou un bulk réussi modifie la dépense — recalculer toutes les 4 à 6 semaines et ajuster les calories pour maintenir le rythme cible.

Questions fréquentes

Quelle est la formule de TDEE la plus fiable ?

Mifflin-St Jeor est aujourd'hui la formule la plus utilisée et la plus validée pour la population générale [1]. Katch-McArdle est plus précise si on connaît son taux de masse grasse (elle se base sur la masse maigre). En pratique, la différence entre formules dépasse rarement 100 à 200 kcal/j — ce qui est dans la marge d'erreur de toute estimation théorique. Le vrai TDEE se confirme à la balance : si on stagne au poids actuel avec l'apport estimé pendant 2 semaines, le chiffre est bon ; sinon, on ajuste de ±150 kcal/j. Utiliser le calculateur TDEE comme point de départ, puis confirmer empiriquement.

Faut-il manger plus les jours d'entraînement et moins les jours off ?

Cette stratégie (carb cycling) est défendable mais marginale en pratique. Sur une moyenne hebdomadaire, l'apport calorique total compte plus que sa répartition jour à jour. La modulation la plus utile en pratique est sur les glucides : on peut effectivement en mettre un peu plus les jours intenses (peri-workout) et un peu moins les jours off pour servir l'objectif (déficit en sèche, surplus en masse). Les protéines, elles, restent stables tous les jours pour soutenir la synthèse en continu. Pour la majorité des pratiquants, viser l'apport quotidien moyen avec une légère modulation autour de l'entraînement est plus simple et aussi efficace.

Le timing des protéines (toutes les 3 heures) compte-t-il vraiment ?

L'apport quotidien total reste le facteur dominant. Le timing a un effet marginal : répartir ses protéines en 3 à 5 prises d'environ 0,4 à 0,55 g/kg chacune sature mieux la synthèse protéique qu'une seule grosse prise quotidienne [2]. Au-delà de cette répartition, l'obsession du fenêtre anabolique post-entraînement ou de la prise toutes les 3 h n'apporte pas de bénéfice mesurable [4]. Sous cure, la marge de manœuvre est encore plus large parce que la synthèse est stimulée en continu par l'apport exogène. Atteindre la cible quotidienne en 3 à 5 prises répartie sur la journée éveillée suffit.

Pour le cadre nutritionnel par objectif, voir sèche sous cure et prise de masse sous cure.

Sources

Études et publications scientifiques sur lesquelles ce guide s'appuie.

  1. Mifflin MD, St Jeor ST, Hill LA, et al. (1990). A new predictive equation for resting energy expenditure in healthy individuals. American Journal of Clinical Nutrition. doi: 10.1093/ajcn/51.2.241

    Étude princeps de Mifflin et St Jeor : développement et validation d'une équation prédictive du métabolisme de repos chez 498 sujets sains (251 hommes, 247 femmes, IMC 17-42). Équation plus précise que Harris-Benedict (RMR = 9,99·poids + 6,25·taille − 4,92·âge ± 166).

  2. Schoenfeld BJ, Aragon AA (2018). How much protein can the body use in a single meal for muscle-building? Implications for daily protein distribution. Journal of the International Society of Sports Nutrition. doi: 10.1186/s12970-018-0215-1

    Méta-analyse Schoenfeld & Aragon sur la distribution protéique : pour maximiser la réponse anabolique, viser ~0,4 g/kg par prise (jusqu'à ~0,55 g/kg chez l'entraîné) répartie sur 4 prises quotidiennes minimum. L'apport total reste le facteur dominant ; la distribution affine.

  3. Morton RW, Murphy KT, McKellar SR, et al. (2018). A systematic review, meta-analysis and meta-regression of the effect of protein supplementation on resistance training-induced gains in muscle mass and strength in healthy adults. British Journal of Sports Medicine. doi: 10.1136/bjsports-2017-097608

    Méta-analyse de 49 RCT (n=1863) : effet bénéfique de la supplémentation protéique sur les gains de masse maigre et de force avec entraînement en résistance. Plateau d'efficacité autour de 1,62 g/kg/j chez l'athlète naturel — au-delà, le bénéfice marginal devient nul.

  4. Aragon AA, Schoenfeld BJ (2013). Nutrient timing revisited: is there a post-exercise anabolic window?. Journal of the International Society of Sports Nutrition. doi: 10.1186/1550-2783-10-5

    Revue critique d'Aragon et Schoenfeld sur le timing nutritionnel : la « fenêtre anabolique » post-entraînement est nettement plus large (plusieurs heures) que les 30 minutes communément promues, particulièrement si une prise protéique pré-entraînement a eu lieu. L'apport quotidien total reste dominant.

AnaProtoKol est un outil de suivi de santé et de performance. Ces informations sont fournies à titre éducatif uniquement et ne constituent pas un avis médical. Consultez un professionnel de santé qualifié avant tout protocole.

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